Il est temps de préparer la riposte!

Sous le slogan «agir pour ne pas subir», les dirigeants SSR mettent leur personnel sous pression en invoquant la situation financière préoccupante de l'entreprise.

Pour asseoir leur crédibilité auprès de l’OFCOM, les hauts responsables ont déjà annoncé la couleur: il n’y aura ni indexation, ni augmentation des salaires en 2010, sauf peut-être pour les plus bas salaires. En outre, certains salariés seront contraints de changer de lieu de travail, de subir une réduction de salaire, une baisse du taux d'activité, ou d’être muté dans une fonction subalterne. La direction n’exclut même pas de cumuler toutes ces sanctions sur un même collaborateur.
Mais dans le même temps, parmi les décideurs de l’entreprise (le président de la SSR Jean-Bernard Münch, le directeur général Armin Walpen, le directeur général adjoint Daniel Eckmann, et les sept directeurs des unités d’entreprise) plusieurs
vont quitter leur poste prochainement. Ils n'auront pas à assumer les conséquences de leurs décisions.



Les faits sont têtus
La masse salariale à la SSR n'a quasiment pas augmenté depuis l’an 2000, malgré les indexations partielles des salaires et les augmentations individuelles. Sur la décennie, le coût du travail a donc baissé, alors que la productivité a crû. Du côté des cadres dirigeants, on observe le phénomène inverse. Les coûts salariaux ont fortement enflé…
Comment dès lors tolérer les mesures recensées dans le document intitulé «directive relative au transfert de personnel» que la SSR entend actionner pour restructurer l'entreprise à marche forcée?

Sornette, baliverne et calembredaine
En Suisse romande, la «convergence des médias» est avant tout une performance technocratique qui ne profitera qu’à ses promoteurs. L’expérience le prouve ! Il y a une vingtaine d'années, une première fusion entre la RSR et la TSR a complètement raté, dans un contexte économique pourtant favorable. Ce type de restructuration n’a donc guère de chance de réussir, sauf si l’on veut croire que les dirigeants de l'époque étaient moins adroits que les actuels! Peut être étaient-ils simplement plus modestes?
À deux mois du jour J, le discours lénifiant du directeur TSR qui, il y a quelques mois encore, présentait sa convergence des médias comme une agréable opération de modernisation de l'entreprise, se radicalise. Qui peut encore croire que la marche forcée que Gilles Marchand entend dicter à son personnel sera profitable au plus grand nombre?

Le personnel doit résister
Une fusion enfantée par la force est vouée à l’échec. Le bébé sera mort né, étouffé par les agissements que la direction prévoit pour financer sa téméraire réorganisation. Le chantage à l'emploi et les mesures de contrainte qu'elle brandit affecte déjà le moral du personnel. La somme des frustrations et des rancœurs que cette aventure va générer brisera son dynamisme et dans ce cas, même le coeur de l'entreprise - le programme - sera menacé.
Les individus ne sont pas des pions que l’on déplace à volonté sur un damier. Le SSM rejette en bloc toute la panoplie de mesures coercitives et autres suppressions de postes de travail que la SSR veut nous faire avaler. Il dénonce d’ores et déjà le gaspillage insensé que cette fusion provoquera.

Le syndicat invite le personnel à se préparer à la riposte car nous aussi, nous devons agir pour ne pas subir.

La fusion des médias sauvera-t-elle la SSR ou hypothéquera-t-elle encore un peu plus son avenir?


C’est la réelle question que pose le projet mené tambour battant par Gilles Marchand, directeur de la TSR et à coup sûr futur super manager de la nouvelle entité fusionnée.


Les cadres de la RSR et de la TSR sont restés étonnamment discrets sur ce projet de fusion de leurs médias respectifs. En effet, les critiques n’ont guère dépassé le cercle des groupes de travail UNO. Ce silence est-il à mettre au crédit de leur croyance dans le projet, ou est-il dicté par la peur, par la loyauté, voire par la lassitude?


Pourtant, la centaine de cadres concernés se trouve en première ligne des bouleversements concoctés par Gilles Marchand. Non seulement parce que certains d’entre eux vont perdre leur fonction de cadre ou changer d’activité à marche forcée, mais aussi parce que ceux qui resteront en place devront ensuite faire le «sale boulot» auprès de leurs subordonnés, en les amenant à se plier de gré ou de force à la réorganisation de leur environnement : changement de lieu de travail, d’activité, de collègues et de supérieurs, de perspectives salariales, mais aussi pour certains résiliation des rapports de travail et «mesures d’accompagnement». Après quoi, il incombera aux cadres de susciter l’investissement de leur personnel dans la nouvelle entreprise issue de cette périlleuse aventure.


A tout cela s’ajoute que la redistribution des cartes au sein de l’encadrement entre les deux unités d’entreprise sera avant tout politique, parité oblige. En effet, le seul critère de la compétence individuelle pourrait s’avérer trop favorable à un média au détriment de l’autre.


Nous savons que parmi les cadres des deux médias, et pas seulement dans les échelons les plus bas, certains entretiennent de sérieux doutes quant aux conséquences de cette restructuration expresse pour l’avenir de l’entreprise.


Si vous êtes un cadre de la RSR ou de la TSR et que vous pensez, comme le SSM, que la fusion est une aberration humaine, organisationnelle,
économique et écologique, pourquoi ne pas l’exprimer avant qu’il ne soit trop tard?

Soyons sérieux !


Il est de plus en plus clair qu’«efficience» et «convergence» ne font qu’un, comme le SSM l’affirmait dès le mois de mars 2009.
La motivation de ce grand chambardement est purement économique, et il passera inévitablement par des licenciements et des restrictions budgétaires.


Le SSM n’invente rien: c'est écrit noir sur blanc dans le Rapport de la Pré étude UNO du 30 mars 2009, où il est dit que le potentiel d’économies de 6% à 10% correspond à la suppression de 15 à 25 postes à plein temps (pages 25-26). Le temps partiel étant répandu, il est probable que bien plus de 25 personnes soient concernées.

Un projet peu crédible

Le projet UNO consiste à marier de force deux médias jouant un rôle différent auprès du public, dans le but d’attirer de nouveaux auditeurs-téléspectateurs-internautes, donc de nouveaux annonceurs. Le personnel fera les frais de cette expérience coûteuse (2,8 millions pour le seul projet romand), et le programme n'y gagnera rien.
Les économies de postes (les doublons) et les rationalisations attendues d' «efficience» (autrement dit la fusion) sont censées financer la convergence, mais on a de la peine à le croire! En effet, la communication de la SSR est pour le moindre contradictoire: le 23 juin dernier, le Conseil d’Administration SRG SSR nous dit que la convergence est inéluctable et ne sera pas touchée par les nouvelles mesures d’économie drastiques. Pourtant, la mauvaise situation financière de l’entreprise était déjà prise en compte en mars 2009: le Rapport Convergence des médias et efficience précise clairement que les gains découlant du volet «efficience» doivent être réinvestis dans le programme

... à condition que la situation financière de SRG SSR le permette et que les investissements et coûts des projets aient pu être refinancés (page 36).

Vu l’ampleur du problème financier de la SSR, les réinjections d’argent dans le programme font, au mieux, sourire.

La fusion est une restructuration


Une restructuration est synonyme de désorganisation et de réorganisation imposée. En plus des inévitables suppressions de postes, elle imposera des changements d’activité et créera de toutes pièces de nouvelles catégories de «rattrapeurs» et de «dépasseurs» sur le plan salarial.
Les déplacements imposés perturberont l’équilibre entre vieprivée et travail d’une partie du personnel. L’ensemble du personnel subira une pression accrue à la productivité, pour des salaires que la SRG SSR a d’ores et déjà annoncé gelés pour 2010, avant même d'entamer les négociations salariales contractuelles avec le partenaire social.

En plus de ce cortège de problèmes, auquel le syndicat se prépare à faire face, la convergence présente, qu’on le veuille ou non, de gros risques pour la qualité et la diversité des médias. Les témoignages existent: là où elle a été mise en oeuvre, comme au Québec, la convergence radio-tv a débouché sur un sentiment général de dégradation et d’uniformisation des programmes.


Radio et TV ne sont pas en déclin

Lier le sort de la SSR à l’avenir incertain de la presse écrite est une tromperie, et ne justifie pas des pertes de salaire et des licenciements. L’entreprise n’est pas dans la situation de la presse, confrontée à un vrai problème de modèle de financement. De plus en plus de journaux vont vraisemblablement quitter leur support traditionnel, le papier, au profit de supports immatériels, tel l’Internet. Les médias électroniques, eux, sont au coeur de l’évolution numérique. La radio de service public ne s’est jamais aussi bien portée en terme d’audience, et la télévision a des perspectives de développement, notamment la HD.
Le véritable problème de la SSR est donc celui d’une défense efficace du service public audiovisuel et de ses ressources auprès de la société civile. Et là, on ne peut que constater l’échec patent du directeur général Walpen.


L’encadrement n’est pas à même d’assurer la réussite de la fusion

Dans les expériences menées en Suisse (Tessin) et à l’étranger (notamment au Canada), on constate une tendance à imposer la convergence de gré ou de force. Le SSM a toutes les raisons de penser que, compte tenu de la culture d’entreprise des deux médias et des systèmes de management locaux, la contrainte produirait des résultats catastrophiques. L’encadrement, lui-même soumis à
de fortes pressions et bientôt réduit de moitié, n’est pas en situation de convaincre.

Comment le pourrait-il, d'ailleurs, avec une direction nationale qui se nargue du partenaire social, par exemple, en persistant à appliquer seulement partiellement une CCT négociée pendant deux ans ? Et une direction régionale qui n'est pas en reste.


Comment les croire ?

Le SSM, groupes de Genève et de Lausanne, a rencontré Messieurs Roth, Marchand et Tschopp le 2 mars 2009 à Lausanne. Aucun des trois n'a alors
souhaité ou n'a su présenter au syndicat les objectifs que la SSR souhaitait atteindre, ni comment le projet de convergence RSR-TSR contribuerait à leur réalisation.
Pourtant, le 30 mars 2009, le Rapport de la pré étude «UNO» est rédigé par le COPIL UNO dont font partie… Messieurs Marchand et Tschopp. Un projet de 36 pages, augmenté à peine un mois plus tard des 138 pages du document «UNO», précisant les Mandats d'étude opérationnels dans les plus petits détails.

Les directeurs ont la plume rapide !

Pas tant que ça… le 22 avril 2009, un document de 8 pages intitulé Convergence et Efficience en Suisse Romande, qui se présente comme le Mandat spécifique romand, complémentaire au mandat cadre SSR SRG, précise:

... Le CA RTSR a adopté dans ses séances du 6 avril puis du 22 avril 2009 le rapport de pré étude UNO, réalisé entre janvier et avril 2009 par les directions RSR et TSR (page 1/8).

Etes-vous un cadre qui s’ignore?



Avis aux collaborateurs qui oeuvrent dans un groupe de travail UNO: vous effectuez un travail de cadre. En plus des heures supplémentaires autorisées par la direction du projet UNO pour le temps consacré aux groupes de travail, vous seriez donc en droit de demander une indemnité de fonction (lettre-type ici) correspondant à ce surcroît d’exigences.

Comment procéder ? C’est simple.
Tout d’abord, vérifiez que votre groupe de travail comporte bien l’un des objectifs suivants:
  • Faire une recommandation argumentée par rapport à un lieu unique
  • Déterminer les gains en termes qualitatifs amenés par le regroupement des activités
  • Identifier les gains de productivité
  • Etudier de manière détaillée les conséquences financières
  • Etudier le regroupement des forces en un seul lieu et un encadrement unique indépendant des sites et des médias. Si les forces doivent être réparties sur les deux sites, expliquer les avantages et les inconvénients
  • Proposer un mode de fonctionnement nouveau et unique et des prestations redéfinies pour atteindre un objectif d’économie d’au moins 10% après la période de mise en place
  • Décrire les conditions de réussite, mettre en évidence les changements, leurs impacts, leurs risques et les mesures à prendre
  • Respecter les standards et objectifs de la SSR dans le domaine des ressources humaines et des finances, anticiper les mesures envisagées sur le plan national (projet efficience), dans la mesure où elles sont connues
  • Imaginer une nouvelle organisation des métiers...
  • Déterminer la nature des activités et les formations requises

Si les objectifs de votre groupe de travail figurent dans cette liste, vous êtes de toute évidence au-delà de votre cahier des charges, dans la mesure où vous êtes appelé à vous prononcer sur l’organisation de l’entreprise.
Cet évident surcroît d’exigences est réglé dans la CCT par les articles 6.3 et 7.5:


6.3 (…). La prise en charge temporaire de tâches d’un niveau supérieur donne droit à une indemnité de fonction.

7.5 Une indemnité de fonction (indemnité de suppléance ou indemnité pour surcroît d'exigences) est versée pour la prise en charge temporaire de tâches de valeur supérieure. L’octroi d’une indemnité de fonction est limité à 5 ans. Des solutions ad hoc peuvent être définies pour répondre aux besoins spécifiques des unités d’entreprise. Les principes régissant l’octroi des indemnités de fonction (y compris les solutions ad hoc) sont négociés avec le SSM à l’échelon des unités d’entreprise. En cas de maladie ou d’accident, l’indemnité de fonction entre dans le calcul du salaire conformément aux dispositions des articles 17 et 18 CCT. L'indemnité de fonction est assurée en primauté des cotisations.

Bien sûr, votre appartenance à la RSR ou à la TSR vous donne droit à une somme différente car chaque unité d’entreprise a son propre régime d’indemnités de fonction. 

En attendant, un détail ne nous a pas échappé: dans le rapport «Convergence des médias et efficience», le financement du projet partiel prévoit que «les personnes (ndlr: cadres) déjà au service de SRG SSR» qui participent à la direction du projet sont «libérées de leurs obligations ordinaires pour assumer cette tâche». Les employé(e)s de base concernés par UNO, eux, ne sont libérés d’aucune obligation ordinaire; une «procédure administrative» fixe les modalités de «l’augmentation du temps de travail d’un collaborateur impliqué directement ou indirectement dans le projet».